Brest et à la Seconde Guerre mondiale

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Brest après les bombardements pendant la Seconde Guerre Mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Brest est prise par les allemands le 19 juin 1940. Ils y construisent alors une base sous-marine que les alliés cherchent à détruire. Ainsi de nombreux bombardements ont lieu dès 1940 sur Brest (et les communes alentours) jusqu’à la libération de la ville le 18 septembre 1944 par les troupes américaines. Les points importants de la ville ont ainsi été visés par des bombardements stratégiques, même si les alliés surtout craignaient les sous-marins allemands. Ces bombardements font beaucoup de morts et ont conduit Brest à sa destruction. La ville fut ensuite entièrement reconstruite et cela se remarque dans l’homogénéité du bâti dans Brest.  Le poème “Barbara” de Jacques Prévert nous raconte cette destruction de Brest :

Barbara, Jacques Prévert

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle toi quand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.
                                                         Jacques_Prévert_signature.svg

Commentaire historique de « Barbara »

Il s’agit d’un texte publié en 1946 dans le recueil Paroles. Il a très vite été mis en musique par Joseph Kosma en 1947, la chanson est notamment interprétée par Yves Montand

Jacques_Prévert_en_1961_dans_le_film_Mon_frère_Jacques_par_Pierre_Prévert

Jacques Prévert

Prévert est déjà très connu pour ses poèmes, ses scénarios,…. Il participe à des salons parisiens et est membre du parti communiste qu’il quitte juste avant la guerre, en 1936.

Il parle de la ville de Brest, dans son poème Barbara, ville qu’il connait bien, l’ayant déjà visitée plusieurs fois. Ce poème est écrit dans le contexte de l’immédiate après guerre.

Brest a été ravagée par la guerre, bombardée par les alliés et les allemands.

Il y a d’abord un portrait du port, avant la guerre. Une orientation sur le climat, Prévert développe une thématique sur l’eau : “pleuvait”, “ruisselante”… Le port est présenté comme une ville heureuse. Jacques Prévert indique des lieux précis de Brest : “Et je t’ai croisée rue de Siam”. Afficher l'image d'origine

La rue de Siam avant sa destruction durant la Seconde Guerre Mondiale

Le nom de la rue de Siam rappelle la Thaïlande, autrefois appelée royaume de Siam. Le nom de cette rue vient de trois ambassadeurs du roi de Siam, accompagnés de nombreux domestiques qui venaient rendre visite à Louis XIV. Ces ambassadeurs arrivèrent, après une longue traversée à Brest, et débarquèrent ensuite au port.

Le poème évoque aussi l’arsenal, le bateau d’Ouessant…. Le port est décrit comme un lieu de rencontre, d’échange, de destins qui se croisent…. C’est un décor de cartes postales, une ville heureuse et une femme amoureuse. On peut aussi se demander d’où vient le nom de Barbara, titre du poème car c’est un nom peu breton.

Après les ravages de la guerre, Brest devient une ville martyr. La ville est bombardée à plusieurs reprises. Dès 1940 par les allemands, puis surtout par les alliés. Sur 16500 immeubles, 7000, environ la moitié, sont totalement détruits, il n’en reste rien. On ne trouve que 200 immeubles restés intactes, dont 4 dans le centre ville : la ville est totalement rasée. Brest est une ville victime des bombardements alliés, il y a de nombreuses disparitions, au combat, dans les exodes, dans les déportations,…. Dans ce contexte chacun se soucit de retrouver les siens. Brest est aussi une ville détruite, on a ainsi une thématique de la déshumanisation.

C’est un poème antimilitariste, la guerre qui détruit tout, la vie, l’amour… C’est à travers l’exemple de Brest que le poème appelle à la paix, surtout avec l’apparition d’une nouvelle capacité de destruction massive : la bombe atomique (Hiroshima). C’est donc un appel universel, c’est pourquoi aucun ennemi n’est cité.

Avant une guerre était un conflit entre deux états qui s’affrontaient sur un territoire délimité, puis elle s’est étendue sur tout les continents, sans aucune limites. Même des civils meurent. C’est une guerre totale, et même une guerre d’anéantissement.

Commentaire littéraire de « Barbara »

            Le poème est écrit sans ponctuation, cela invite le lecteur à lire avec son propre souffle et, épouser ainsi celui du poème.

Barbara débute par “Rappelle-toi Barbara”. On a une rencontre décisive à partir du moment où le narrateur croise son regard (“épanouie ravie ruisselante”). Le mot “ruisselante” fait écho à “souriante” dans le vers précédant, c’est une rime suffisante. Cette rencontre s’inscrit dans la mémoire et change tout. C’est un moment de bonheur partagé : “Tu souriais/ Et moi je souriais de même”.

Tout cela fait aussi écho au but premier de la poésie : s’inscrire dans les mémoires (d’où le rythme et les rimes). Ce poème étant avec des vers libres, le rythme est donné par les répétitions : “Épanouie ravie ruisselante”, c’est une assonance en “i”, le lecteur va s’en souvenir.

Le narrateur tutoie Barbara : “Et tu t’es jetée dans ses bras” car “Je dis tu à tous ceux que j’aime”, ainsi elle lui devient familière. On comprend alors la fonction du poète : porter la voix de tous ceux qui s’aiment.

Le poème présente deux tableaux de Brest : une ville enchantée et une ville ravagée par la guerre. Cette différence est marquée par une différence de langue qui marque la violence de la guerre. En effet, dans la deuxième partie du poème on remarque l’emploi du langage familier : “Qui crèvent comme des chiens”. Il y a ainsi une gradation tout le long du poème. C’est aussi un tableau de deuil. C’est le souvenir du moment heureux du début qui permet de transfigurer ces ruines, de les réenchanter. Ce poème nous rappelle qu’il y a un moyen de réenchanter un monde qui parait désespéré grâce au souvenir d’un moment heureux et de la poésie. Le mot poème vient du grec créer. Le poème crée ainsi de l’empathie, une familiarité entre les hommes qui s’aiment.

Le dernier mot du poème est “rien” mais le reste du poème s’oppose à ce rien. Quand il n’y a plus d’histoire, il reste la poésie, comme Primo Levi, à Auschwitz, qui ne se souvient que d’un seul poème, « Le chant d’Ulysse », poème qui lui permet de supporter la déportation. Stéphane Hessel, quand à lui, se récitais des poèmes pour résister à la torture.


Sources des images :

  • Photo de Brest pendant la Seconde Guerre mondiale :

http://www.cotebrest.fr/2014/09/02/aout-septembre-1944-le-siege-de-brest/

  • La rue de Siam avant la Seconde Guerre mondiale :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Barbara_%28po%C3%A8me%29

  • Photo de Jacques Prévert et signature :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Pr%C3%A9vert

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